Serge Gainsbourg! (Chanteur, écrivain et poète!)

Publié le par Rosario Duarte da Costa

 

  http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20110302.OBS9005/gainsbourg-l-ecrivain.html 

 

 

Serge Gainsbourg

 

Il avait composé le « Poinçonneur des lilas » et, aujourd’hui le

Syndicat des Transports Parisien prépare la création d’un arrêt

de metro, à Seine Saint Denis pour 2019.

Jane Birkin aurait donné son accord.

Alors Gainsbourg pourra rire, du haut de son petit nuage !

Rosario Duarte da Costa

Copyright

10/04/2013

 

 

Gainsbourg, l'écrivain

Créé le 02-03-2011 à 19h34 - Mis à jour à 21h58
Par 

Serge Gainsbourg disparaissait il y a vingt ans, et avec lui mourait un poète : cela valait bien une petite exploration de son répertoire par le versant littéraire, à l'aide de «l'Intégrale Gainsbourg», la somme érudite et exhaustive de son oeuvre que publient Loïc Picaud et Gilles Verlant.

Nouvel Observateur

Serge Gainsbourg est décédé il y a vingt ans. On peut redécouvrir sa vie, chanson par chanson, dans "l'Intégrale Gainsbourg", de Loïc Picaud et Gilles Verlant (éd. Fetjaine) (Rétro/Sipa)

Serge Gainsbourg est décédé il y a vingt ans. On peut redécouvrir sa vie, chanson par chanson, dans "l'Intégrale Gainsbourg", de Loïc Picaud et Gilles Verlant (éd. Fetjaine) (Rétro/Sipa)
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Un soir de décembre 1954, un certain Julien Gris pénètre dans la salle enfumée des Trois baudets, le cabaret déjà mythique du boulevard de Clichy, pour voir Boris Vian. Il assiste, fasciné, au spectacle du tonitruant jazzman écrivain. Le timide Julien Gris se pique d’écrire des chansons. Lui aussi voudrait que l’harmonique et la littérature copulent en musique. Ses références sont moins surréalistes que celles de Vian. Il est un indécrottable romantique. Ses textes sont trempés dans une mélancolie baudelairienne. Ils portent l’obsession des automnes, des amours et des vies qui se terminent mal. Ils s’intitulent « J’ai le corps damné par l’amour » ou « J’ai broyé du noir ». Le « Julien » de son pseudonyme est emprunté au Sorel stendhalien. Mais son vrai nom est Lucien Ginsburg.

La somme que consacrent Loïc Picaud et Gilles Verlant à l’œuvre de Gainsbourg (*) se présente comme une dissection minutieuse de son répertoire, chanson par chanson. La lecture en est absolument passionnante, pour quiconque voudrait apercevoir les coulisses du spectacle gainsbourgien. Entre autre chose, et pour ce qui nous intéresse, on voit clairement que, sous les arrangements pointus et les lignes mélodiques astucieuses, s’y déploie une véritable ambition littéraire. Dès les premières compositions, la manie du jeu de mot fleurit sur sa langue de poète. Dans « les Mots inutiles », il écrit : «Les mots d’esprits laissent incrédules/ Car le cœur est trop animal/ Mieux qu’apostrophe et point-virgule/ Il a compris le point final.»  C’est certes un peu lourdaud. Même les meilleures plumes commencent par cracher des pâtés d’encre.

Le baudelairien

"Du chant à la une", de Serge GainsbourgGinsburg met son talent au service de Michèle Arnaud, qu’on appelle « l’intellectuelle ». Il lui écrit des textes astucieusement tournés, taillés pour les caboulots monmartrois (« la Recette de l’amour fou », « Douze belles dans la peau ») où se pressent les belles âmes des milieux lettrés. Son premier album, « Du chant à la Une », est accompagné d’une présentation de Marcel Aymé. La misogynie radicale de ses chansons lui vaut d’être comparé à Octave Mirbeau. Le succès n’est pas au rendez-vous, mais les critiques glosent sur les références à Sade, Poe ou Baudelaire. Gainsbourg devient un crooner intello, à une époque où les chanteurs ne peuvent séduire – notamment la presse – qu’en soumettant leur art à l’autoritas de la République des Lettres. La poésie du XIXème siècle habille sa désespérance d’après-guerre. Malgré les élisions qu’il se permet, sa métrique et ses enchâssements de rimes sont impeccables. Baudelaire est omniprésent (« l’Anthracite », « les Goémons »). Le jeune chanteur fiévreux, lorsqu’il entre en studio à court de texte, prend l’habitude d’adapter les romantiques – Musset, Nerval, Hugo, Arvers. Le « Canard enchaîné » ricane de ce clacissisme. Des années plus tard, la presse se moquera de ses provocations d’épave hantée par la pornographie. On a toujours une bonne raison de déplaire aux journalistes.

Mais il ne faudrait pas réduire Gainsbourg à un passeur clandestin de littérature. Dès «Mambo Miam-Miam» (1959), il intègre l’onomatopée à son domaine lexical. «Requiem pour un twisteur» (1962), avec sa concordance des temps sautillante, montre sa maîtrise de la conjugaison et du subjonctif. « La Javanaise » impose son statut de langagier virtuose. Hommage à Boris Vian et au javanais, trituration argotique du Second empire que les universitaires classent dans la catégorie des « phonologies parasitaires » et qui commande de déformer les mots avec des « j » et des « v », la chanson serpente le long d’une double-allitération interminable. On pourrait encore citer « Elaeudanla Téitéia », dans laquelle Gainsbourg renvoie l’épellation d’un prénom à la matière obsessionnelle dont le sentiment amoureux est fait.

En 1965, Denise Glaser interroge Gainsbourg sur sa reconversion rock et yé-yé. Il lui répond : « Je trouve plus acceptable de faire du rock sans prétention que de faire de la mauvaise chanson à prétention littéraire. » Comme Gainsbourg avait pris l’habitude de comparer les song-writers à la mode à des fabricants de sucettes, elle lui demande s’il se voit désormais comme tel. Il rétorque : « Ah ! mais elles sont au gingembre, mes sucettes ! » Il en tire l’idée des fameuses « Sucettes » chères à France Gall. Il donne dans la polysémie coquine. L’affaire est parfois moins déchiffrable que les minauderies fellatoires de la lolita blonde. Certains exégètes se disputent encore à propos d'un éventuel sous-texte sodomite dans l'écriture automatique de « l’Anamour », ou homo-érotisant dans « Ecce homo ».

De Bossuet à Nabokov

Apollinaire (dans « Harley Davidson »), Henry Miller (dans « Sous le soleil exactement ») et, évidemment, Nabokov font alors leur apparition dans le catalogue littéraire de Gainsbourg. Les classiques ne disparaissent pas pour autant. Le duo Poe-Baudelaire est transposé dans « Initials B.B. », avec la reprise de « The Raven ». Bossuet et son « Traité de la concupiscence », dont la lecture l’absorbait, sont cités in extenso dans « Un poison violent, c’est ça l’amour », dans le « Anna » de Pierre Koralnik. La poésie de Heredia aura présidé à l’écriture de « Melody Nelson » - qui se présente moins comme un rock-opéra que comme un roman rock ou, comme on le qualifia à sa sortie, « un poème symphonique de l’âge rock ».

(c) Sipa

Testament littéraire

L’ironie, dans l’affaire, est que le talent littéraire de Gainsbourg ne trouva pas s’exprimer en littérature, avec ce conte scatologico-rousseauiste qu’il publie chez Gallimard en 1980, « Evguénie Sokolov ». L’histoire de cet artiste « gazographe » qui peint grâce aux vibrations de ses puissantes flatulences est plutôt navrante, alors même que le délire fécal d’un album comme « Vu de l’extérieur » amuse par sa perversité enfantine. Gainsbourg entama un second roman, mais ne parvint pas à le terminer.

Il faut en réalité chercher son testament littéraire dans le dernier album qu’il composa pour Jane Birkin, « Amour des feintes ». Il s’y livre à des jeux grammaticaux d’une finesse ahurissante (« Et quand bien même », « Des ils et des elles »). On y croise son ultime panthéon d’auteurs : Huysmans, dont il vénéra le « A rebours » toute sa vie, Wilde, Rimbaud, et l’inévitable Nabokov, son frère nympholeptique. Dans le morceau « Litanies en Lituanie », il se flagelle par chanteuse interposée. Jane lui adresse une série de reproches. Elle dit avoir souffert de ses néologismes, de ses barbarismes, de son nihilisme, de son dandysme ou de son cynisme. Assurément le genre de griefs qui viennent sanctionner une vie de littérateur.

David Caviglioli

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