Quels secrets sont ceux de la Nature…
« Camões » in Lusiadas
Lettre XXXII
J’allai l’autre jour voir une maison où l’on entretient environ trois cents
personnes assez pauvrement. J’eus bientôt fait : car l’église et les
bâtiments ne méritent pas d’être regardés. Ceux qui sont dans cette
maison étaient assez gais : plusieurs d’entre eux jouaient aux cartes ou
à d’autres jeux que je ne connais point. Comme je sortais, un des hommes
sortait aussi, et, m’ayant entendu demander le chemin du Marais, qui est
le quartier le plus éloigné de Paris : « J’y vais, me dit-il, et je vous conduirai ;
suivez-moi. » Il me mena à merveille, me tira de tous les embarras et me
sauva adroitement des carrosses et des voitures. Nous étions près d’arriver,
quand la curiosité me prit. « Mon bon ami, lui dis-je, ne pourrais-je savoir
qui vous êtes ?- Je suis aveugle, Monsieur, me répondit-il. Comment ! lui
dis-je, vous êtes aveugle ! Et que na priirez-vous cet honnête homme qui
jouait aux cartes avec vous de nous conduire ?- Il est aveugle aussi, me
répondit-il. Il y a quatre cents ans que nous sommes trois cents aveugles
dans cette maison où vous m’avez trouvé. Mais il faut que je vous quitte.
Voilà la rue que vous demandiez. Je vais me mettre dans la foule ; j’entre
dans cette église, où je vous jure, j’embarrasserai plus de gens qu’ils ne
m’embarrasseront. »
De Paris, le 17 de la lune de Chalval, 1712
Comme je vous avais déjà dit, lorsque j’étais jeune lycéenne puis étudiante,
un de mes livres préférés était celui-ci. Je le lisais en français, malgré que
parfois, il fallait parcourir le dictionnaire pour comprendre certaines
expressions. Trois cents ans après son premier roman, Montesquieu a
encore
des amis.
Je trouve en lui une satire piquante, sur son époque, sur les mœurs, et la vie
politique, économique, sociale et religieuse…
J’aime son écriture, l’imaginaire de l’auteur. Parfois, on pourrait en tirer des
leçons pour survivre sur la crête de vague de notre vie actuelle !
Alors, je vous souhaite de partager avec moi, ce petit bonheur !
Copyright
04/11/2009
Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, est né le 18 janvier 1689, près de Bordeaux, à La Brède. De 1700 à 1705, il étudie au collège de Juilly, près de Paris, chez des Oratoriens. Au sortir du collège, il se consacre au droit. En 1708, il devient avocat au Parlement de Bordeaux, puis conseiller en 1714 et, en 1715, épouse Jeanne de Lartigue, protestante. Il publie, en 1720 , les Lettres persanes. Immense succès! Montesquieu séjourne en Angleterre de 1729 à 1731, la société anglaise va le choyer et il est présenté à la Cour.1734 : il publie les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. Décadence de Montesquieu, s'écrient certains ! C'est en 1748 que parait, à Genève, l'œuvre majeure de Montesquieu, De l'esprit des lois, écrite en une vingtaine d'années. Succès une fois de plus considérable : le livre s'arrache. Cet ouvrage sera mis à l'index.
A ajouter: Pensées suivies de Spicilège, Laffont Col. Bouquins 1991.
Montesquieu est mort, en 1755, à Paris.
1 - les racines
• Montesquieu a lu et médité les grandes œuvres politiques de l'Antiquité : La République et Les Lois de Platon, la Politique, d'Aristote, etc. Il a également réfléchi sur les ouvrages politiques modernes : Le Prince, de Machiavel, le Droit de la guerre et de la paix, de Grotius, etc.• Montesquieu connaissait les historiens anciens et modernes, Hérodote, Salluste, etc. , mais aussi un mémorialiste comme Retz.
• Enfin, les sciences de la nature retinrent l'intérét du jeune Montesquieu et ce souci permet de comprendre la théorie de l'influence des causes naturelles sur les lois, dans L'Esprit des Lois. (Un médecin anglais, Arbuthnot, aurait joué ici un rôle important.)
2 - les apports conceptuels
Montesquieu voit dans les lois des rapports nécessaires dérivant de la nature des choses. Il les soumet à une étude scientifique et, par cette analyse, prend place parmi les pères fondateurs de la sociologie et de la philosophie politique.Les concepts fondamentaux de Montesquieu sont les suivants :
• la Loi, conçue dans sa signification large, comme un rapport nécessaire dérivant de la nature des choses. La loi devient, chez l'homme, une règle voulue, instituée pour assurer la sécurité et la liberté (" loi positive "). La loi " positive " est donc une spécification de la loi dans sa signification étendue ;
• le despotisme, qui désigne la Souveraineté absolue exercée par un seul homme : " Un seul, sans loi et sans règles, entraîne tout par sa volonté et par ses caprices " (L'Esprit des lois) ;
• la république : " Le gouvernement républicain est celui où le peuple ou seulement une partie du peuple a la souveraine puissance " ;
• la monarchie: le gouvernement monarchique est celui où un seul gouverne, par des lois fixes et établies;
• L'idée de séparation des pouvoirs: le législatif, l'exécutif et le judiciaire
Cf. J. Russ, Les chemins de la pensée, Bordas pp.206-207
Montesquieu(1689 - 1755) |
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Biographie de Montesquieu :Ecrivain et philosophe français. Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu est né en 1689 d'une famille de magistrats de bonne noblesse au château de la Brède près de Bordeaux, dont il porte d'abord le nom et auquel il sera toujours très attaché. Ses parents ont choisi un mendiant pour être son parrain pour que toute sa vie il se souvienne que les pauvres sont ses frères.Après ses études de droit, il devient conseiller auprès du parlement de Bordeaux en 1714. En 1716, il hérite de la fortune de son oncle, de la charge du président à mortier (bonnet de velours) du parlement et du nom de Montesquieu. Délaissant sa charge dès qu'il le peut, Montesquieu s'intéresse au monde et aux plaisirs. Il se passionne pour les sciences et mène des expériences (anatomie, botanique, physique...) puis oriente sa curiosité vers les hommes et l'humanité à travers la littérature et la philosophie. Dans les "Lettres persanes", qu'il publie anonymement en 1721 en Hollande, il dépeint admirablement, sur un ton humoristique et satirique, la société française à travers le regard de visiteurs perses. Après son élection à l'Académie française (1727), Montesquieu réalise un long voyage à travers l'Europe (Hongrie, Italie, Hollande, Angleterre), de 1728 à 1731, où il observe attentivement la géographie, l'économie, la politique, les moeurs des pays qu'il visite. De retour au château de la Brède, il accumule de nombreux documents et témoignages pour préparer l'oeuvre de sa vie, "l'Esprit des lois" (1748) qui rencontre un énorme succès. Etablissant les principes fondamentaux des sciences économiques et sociales, Montesquieu tente de dégager la logique des différentes institutions politiques par l'étude des lois considérées comme simples rapports entre les réalités sociales. Il envisage trois types de gouvernement : la république, la monarchie et le despotisme. Cette œuvre inspire les auteurs de la Constitution française de 1791 et est à l'origine du principe de séparation des pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire. Tandis que sa mère très pieuse l'a élevé dans le respect du christianisme, ses études classiques et romaines l'ont préparé à l'indifférence et à l'incrédulité. En matière religieuse, Montesquieu peut-être considéré comme un déiste et un libre-penseur allant parfois jusqu'à l'irrévérence et à l'hostilité envers la foi chrétienne. En 1711, dans "La damnation éternelle des païens" il montre que les philosophes de l'Antiquité n'ont pas mérité l'enfer. Dans "Dissertation sur la politique des Romains" (1716), il dénonce la religion comme moyens qu'utilisent les puissants pour pérenniser leur domination sur les humbles. Son étude de la société le conduit néanmoins à respecter les croyances religieuses, plus pour des considérations pratiques que pour elles-mêmes. Montesquieu prend soin de ne pas mêler de considérations théologiques à ses écrits politiques. Ce qui ne l'empêche pas d'être attaqué par les jésuites et jansénistes pour éloge de la religion naturelle dans "L'Esprit des lois" que le pape fait mettre à l'index dès sa publication. |
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Bibliographie : La damnation éternelle des païens (1711), Dissertation sur la politique des Romains (1716), Système
des Idées (1716), Les lettres persanes (1721), Le temple de Gnide (roman, 1725), Histoire véritable d'Arsace et Isménie (roman, 1730), Considérations sur les causes de la grandeur des
Romains et de leur décadence (1734), L'Esprit des lois (1748), La défense de "L'Esprit des lois" (1750).
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Liens: reynier.com : Montesquieu L'Encyclopédie de L'Agora: Montesquieu Unité Mixte de Recherche CNRS-5037 : Montesquieu |
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