Samedi 7 novembre 2009





Dites maintenant les savants de l’écriture

Quels secrets sont ceux de la Nature…

« Camões » in Lusiadas

 

MONTESQUIEU

 

Lettre XXXII

Rica à ***

 

J’allai l’autre jour voir une maison où l’on entretient environ trois cents

personnes assez pauvrement. J’eus bientôt fait : car l’église et les

bâtiments ne méritent pas d’être regardés. Ceux qui sont dans cette

maison étaient assez gais : plusieurs d’entre eux jouaient aux cartes ou

à d’autres jeux que je ne connais point. Comme je sortais, un des hommes

sortait aussi, et, m’ayant entendu demander le chemin du Marais, qui est

le quartier le plus éloigné de Paris : « J’y vais, me dit-il, et je vous conduirai ;

suivez-moi. » Il me mena à merveille, me tira de tous les embarras et me

sauva adroitement des carrosses et des voitures. Nous étions près d’arriver,

quand la curiosité me prit. « Mon bon ami, lui dis-je, ne pourrais-je savoir

qui vous êtes ?- Je suis aveugle, Monsieur, me répondit-il. Comment ! lui

dis-je, vous êtes aveugle ! Et que na priirez-vous cet honnête homme qui

jouait aux cartes avec vous de nous conduire ?- Il est aveugle aussi, me

répondit-il. Il y a quatre cents ans que nous sommes trois cents aveugles

dans cette maison où vous m’avez trouvé. Mais il faut que je vous quitte.

Voilà la rue que vous demandiez. Je vais me mettre dans la foule ; j’entre

dans cette église, où je vous jure, j’embarrasserai plus de gens qu’ils ne

m’embarrasseront. »

De Paris, le 17 de la lune de Chalval, 1712

Extraite de ‘Lettres Persanes »


Comme je vous avais déjà dit, lorsque j’étais jeune lycéenne puis étudiante,

un de mes livres préférés était celui-ci. Je le lisais en français, malgré que

parfois, il fallait parcourir le dictionnaire pour comprendre certaines

expressions. Trois cents ans après son premier roman, Montesquieu a
encore
des amis.


Je trouve en lui une satire piquante, sur son époque, sur les mœurs, et la vie

politique,  économique, sociale et religieuse…

J’aime son écriture, l’imaginaire de l’auteur. Parfois, on pourrait en tirer des

leçons pour survivre sur la crête de vague de notre vie actuelle !

Alors, je vous souhaite de partager avec moi, ce petit bonheur !

Rosario Duarte da Costa

Copyright

04/11/2009

 


 

http

Montesquieu
://imper.perso.infonie.fr

(1689-1755)

 

 

Biographie. Œuvres principales

 

Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, est né le 18 janvier 1689, près de Bordeaux, à La Brède. De 1700 à 1705, il étudie au collège de Juilly, près de Paris, chez des Oratoriens. Au sortir du collège, il se consacre au droit. En 1708, il devient avocat au Parlement de Bordeaux, puis conseiller en 1714 et, en 1715, épouse Jeanne de Lartigue, protestante. Il publie, en 1720 , les Lettres persanes. Immense succès! Montesquieu séjourne en Angleterre de 1729 à 1731, la société anglaise va le choyer et il est présenté à la Cour.

1734 : il publie les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. Décadence de Montesquieu, s'écrient certains ! C'est en 1748 que parait, à Genève, l'œuvre majeure de Montesquieu, De l'esprit des lois, écrite en une vingtaine d'années. Succès une fois de plus considérable : le livre s'arrache. Cet ouvrage sera mis à l'index.

A ajouter: Pensées suivies de Spicilège, Laffont Col. Bouquins 1991.

Montesquieu est mort, en 1755, à Paris.

 

Racines et concepts

1 - les racines

• Montesquieu a lu et médité les grandes œuvres politiques de l'Antiquité : La République et Les Lois de Platon, la Politique, d'Aristote, etc. Il a également réfléchi sur les ouvrages politiques modernes : Le Prince, de Machiavel, le Droit de la guerre et de la paix, de Grotius, etc.

• Montesquieu connaissait les historiens anciens et modernes, Hérodote, Salluste, etc. , mais aussi un mémorialiste comme Retz.

• Enfin, les sciences de la nature retinrent l'intérét du jeune Montesquieu et ce souci permet de comprendre la théorie de l'influence des causes naturelles sur les lois, dans L'Esprit des Lois. (Un médecin anglais, Arbuthnot, aurait joué ici un rôle important.)

2 - les apports conceptuels

Montesquieu voit dans les lois des rapports nécessaires dérivant de la nature des choses. Il les soumet à une étude scientifique et, par cette analyse, prend place parmi les pères fondateurs de la sociologie et de la philosophie politique.

Les concepts fondamentaux de Montesquieu sont les suivants :

la Loi, conçue dans sa signification large, comme un rapport nécessaire dérivant de la nature des choses. La loi devient, chez l'homme, une règle voulue, instituée pour assurer la sécurité et la liberté (" loi positive "). La loi " positive " est donc une spécification de la loi dans sa signification étendue ;

le despotisme, qui désigne la Souveraineté absolue exercée par un seul homme : " Un seul, sans loi et sans règles, entraîne tout par sa volonté et par ses caprices " (L'Esprit des lois) ;

• la république : " Le gouvernement républicain est celui où le peuple ou seulement une partie du peuple a la souveraine puissance " ;

la monarchie: le gouvernement monarchique est celui où un seul gouverne, par des lois fixes et établies;

• L'idée de séparation des pouvoirs: le législatif, l'exécutif et le judiciaire

 

Cf. J. Russ, Les chemins de la pensée, Bordas pp.206-207


http://atheisme.fr.fr

Montesquieu

(1689 - 1755)

Biographie de Montesquieu :

Ecrivain et philosophe français. Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu est né en 1689 d'une famille de magistrats de bonne noblesse au château de la Brède près de Bordeaux, dont il porte d'abord le nom et auquel il sera toujours très attaché. Ses parents ont choisi un mendiant pour être son parrain pour que toute sa vie il se souvienne que les pauvres sont ses frères.
Après ses études de droit, il devient conseiller auprès du parlement de Bordeaux en 1714. En 1716, il hérite de la fortune de son oncle, de la charge du président à mortier (bonnet de velours) du parlement et du nom de Montesquieu.

Délaissant sa charge dès qu'il le peut, Montesquieu s'intéresse au monde et aux plaisirs. Il se passionne pour les sciences et mène des expériences (anatomie, botanique, physique...) puis oriente sa curiosité vers les hommes et l'humanité à travers la littérature et la philosophie. Dans les "Lettres persanes", qu'il publie anonymement en 1721 en Hollande, il dépeint admirablement, sur un ton humoristique et satirique, la société française à travers le regard de visiteurs perses.

Après son élection à l'Académie française (1727), Montesquieu réalise un long voyage à travers l'Europe (Hongrie, Italie, Hollande, Angleterre), de 1728 à 1731, où il observe attentivement la géographie, l'économie, la politique, les moeurs des pays qu'il visite. De retour au château de la Brède, il accumule de nombreux documents et témoignages pour préparer l'oeuvre de sa vie, "l'Esprit des lois" (1748) qui rencontre un énorme succès. Etablissant les principes fondamentaux des sciences économiques et sociales, Montesquieu tente de dégager la logique des différentes institutions politiques par l'étude des lois considérées comme simples rapports entre les réalités sociales. Il envisage trois types de gouvernement : la république, la monarchie et le despotisme. Cette œuvre inspire les auteurs de la Constitution française de 1791 et est à l'origine du principe de séparation des pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire.

Tandis que sa mère très pieuse l'a élevé dans le respect du christianisme, ses études classiques et romaines l'ont préparé à l'indifférence et à l'incrédulité. En matière religieuse, Montesquieu peut-être considéré comme un
déiste et un libre-penseur allant parfois jusqu'à l'irrévérence et à l'hostilité envers la foi chrétienne.

En 1711, dans "La damnation éternelle des païens" il montre que les philosophes de l'Antiquité n'ont pas mérité l'enfer. Dans "Dissertation sur la politique des Romains" (1716), il dénonce la religion comme moyens qu'utilisent les puissants pour pérenniser leur domination sur les humbles.

Son étude de la société le conduit néanmoins à respecter les croyances religieuses, plus pour des considérations pratiques que pour elles-mêmes. Montesquieu prend soin de ne pas mêler de considérations théologiques à ses écrits politiques. Ce qui ne l'empêche pas d'être attaqué par les jésuites et jansénistes pour éloge de la religion naturelle dans "L'Esprit des lois" que le pape fait mettre à l'index dès sa publication.
Bibliographie : La damnation éternelle des païens (1711), Dissertation sur la politique des Romains (1716), Système des Idées (1716), Les lettres persanes (1721), Le temple de Gnide (roman, 1725), Histoire véritable d'Arsace et Isménie (roman, 1730), Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734), L'Esprit des lois (1748), La défense de "L'Esprit des lois" (1750).
Liens:
     
reynier.com : Montesquieu
      L'Encyclopédie de L'Agora: Montesquieu
      Unité Mixte de Recherche CNRS-5037 : Montesquieu


Citations de Montesquieu :

"Si les triangles faisaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés"
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / Lettres Persanes / 1721)

"Quand il n'y aurait pas de Dieu, nous devrions aimer toujours la justice, c'est-à-dire faire nos efforts pour ressembler à cet être dont nous avons une si belle idée, et qui, s'il existait, serait incessamment juste. Libres que nous serions du joug de la religion, nous ne devrions pas l'être de celui de l'équité."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / Lettres Persanes / 1721)

"Une religion qui peut tolérer les autres ne songe guère à sa propagation."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / De l'esprit des lois / 1748)

"Lorsque les lois d'un état ont cru devoir souffrir plusieurs religions, il faut qu'elles les obligent à se tolérer entre elles."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / De l'esprit des lois / 1748)

"La force principale de la religion vient de ce qu'on la croit; la force des lois humaines vient de ce qu'on les craint. L'antiquité convient à la religion, parce que souvent nous croyons plus les choses à mesure qu'elles sont plus reculées: car nous n'avons pas dans la tête des idées accessoires tirées de ces temps-là, qui puissent les contredire."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / De l'esprit des lois / 1748)

"L'homme pieux et l'athée parlent toujours de religion: l'un parle de ce qu'il aime et l'autre de ce qu'il craint."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / De l'esprit des lois / 1748)

"Quand un homme me vient dire qu'il ne croit rien et que la religion est une chimère, il me fait là une fort mauvaise confidence, car je dois avoir sans doute beaucoup de jalousie d'un avantage terrible qu'il a sur moi. Comment ! il peut corrompre ma femme et ma fille sans remords, pendant que j'en serais détourné par la crainte de l'enfer ! La partie n'est pas égale. Qu'il ne croie rien, j'y consens, mais qu'il s'en aille vivre dans un autre pays, avec ceux qui lui ressemblent, ou, tout au moins, qu'il se cache et qu'il ne vienne point insulter à ma crédulité."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / Spicilège)

"Toutes les religions ont eu leurs mystères, et il semble que, sans cela, il n'y aurait point de religion."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / Mes pensées)

"Une religion qui offrirait des récompenses sûres dans l'autre vie verrait disparaître ses dévots à milliers."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / Mes pensées)

"L'entêtement pour l'astrologie est une orgueilleuse extravagance. Nous croyons que nos actions sont assez importantes pour mériter d'être écrites dans le grand-livre du Ciel. Et il n'y a pas jusqu'au plus misérable artisan qui ne croie que les corps immenses et lumineux qui roulent sur sa tête ne sont faits que pour annoncer à l'Univers l'heure où il sortira de sa boutique."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / Mes pensées)

"Il est très surprenant que les richesses des gens d'Église aient commencé par le principe de pauvreté."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / Mes pensées)

"Je ne sais comment il arrive qu'il est impossible de former un système du Monde sans être d'abord accusé d'athéisme : Descartes, Newton, Gassendi, Malebranche. En quoi on ne fait autre chose que prouver l'athéisme et lui donner des forces, en faisant croire que l'athéisme est si naturel que tous les systèmes, quelque différents qu'ils soient, y tendent toujours."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / Mes pensées)

"Je n'aime point Dieu parce que je ne le connais pas, ni le prochain parce que je le connais."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / Mes pensées)

"Quand l'immortalité de l'âme serait une erreur, je serais très fâché de ne pas la croire. Je ne sais comment pensent les athées. (J'avoue que je ne suis point si humble que les athées.) Mais, pour moi, je ne veux point troquer (et je n'irai point troquer) l'idée de mon immortalité contre celle de la béatitude d'un jour. Je suis très charmé de me croire immortel comme Dieu même. Indépendamment des vérités révélées, des idées métaphysiques me donnent une très forte espérance de mon bonheur éternel, à laquelle je ne voudrais pas renoncer."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755 / Mes pensées)

"Lorsque la mort a égalisé les fortunes, une pompe funèbre ne devrait pas les différentier."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755)

"Il y a [en Europe] un magicien qui s'appelle le pape. Tantôt il [...] fait croire que trois ne font qu'un, que le pain qu'on mange n'est pas du pain, ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin, et mille autres choses de cette espèce."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755)

"Le ciel peut seul faire les dévots ; les princes font les hypocrites."
(Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu / 1689-1755)



Par Rosario Duarte da Costa - Publié dans : Dialogues - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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