Lectures: Un lac immense et blanc!

Publié le par Rosario Duarte da Costa

Un lac immense et blanc

 

 

Lectures 

Un lac immense et blanc!

 

Sorti il y a peu chez l’éditrice Sabine Wespleser, c’est un lac immense et blanc assis sous un fond de ciel bleu.

Oui…C’est un livre en prose qui est de la poésie où, Michèle Lesbre

nous permet de rêver avec des lieux et l’éternelle jeunesse disparue…

Une rencontre entre l’être et son passé, une interrogation sur ce qu’il fut et ce qu’il est devenu.

Rosario Duarte da Costa

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24/04/2012

 

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CRITIQUE VOS AVIS

 

Roman

4

C'est un livre de brume et de soie, fragile, insaisissable, infiniment précieux. Des éclats de mémoire, vifs et coupants, que l'hiver relie en une succession de fondus au blanc. Il y a dans la neige quelque chose du linceul, une douce couverture, un enfouissement. Une paix. Mais aussi l'énergie de l'enfance et de ses jeux, la lumière jusqu'à l'éblouissement. Un sentiment d'éternité.

C'est dans ce blanc, immense et bouleversant, que Michèle Lesbre construit, dans le désordre de ses souvenirs, le récit d'une vie en pointillé, où le bonheur jamais ne s'installe dans la durée. Tout commence dans un Paris en suspens, avalé par l'hiver. Sous le soleil pâle, la ville s'estompe et se dérobe, à l'instar de cet homme que la narratrice est venue attendre et qui n'est pas venu. A ce rendez-vous manqué s'invitent alors d'autres images et d'autres hommes, passé et présent se confondent, le plateau de l'Aubrac sous la neige, marqué par le souvenir d'Antoine qui rêvait de bousculer le monde, à l'orée des années 1960, Ferrare et le delta du Pô, hantés par les figures d'Antonioni et de Bassani, une ferme à la campagne, quand la narratrice, enfant, souffrait d'une maladie pulmonaire.

Michèle Lesbre excelle à suggérer l'effacement insidieux des êtres et du temps, et ce refus têtu de ce que Jankelevitch (qu'elle cite) appelait « la douceur navrante des consolations ». La mélancolie chez Michèle Lesbre est toujours énergique. Il s'agit de ne pas oublier, de défier le temps, de s'y frotter et de s'y piquer. D'affronter les désillusions, les petites démissions, l'usure et l'effacement. De faire face à la douleur de la mémoire pour garder la lumière des instants passés. Pas de leçon pourtant. Juste une façon de se confier, au plus intime, avec une infinie pudeur. Dans la fulgurance d'une écriture et d'un regard en état de grâce. Comme l'écrivait Pavese, cité en exergue du roman, « seul l'hiver est la saison de l'âme »...

 

Le 21/05/2011 - Mise à jour le 17/05/2011 à 16h49
Michel Abescat - Telerama n° 3201

 

Publié dans Dialogues

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