Herbert von Karajan: L’Orphée de Gluck!

Publié le par Rosario Duarte da Costa

   

 

  Images: lastfm.fr

 

Photo de Berliner Philharmoniker & Herbert von Karajan

Herbert von Karajan

 

Ce n’est pas de la littérature... Il n’y a pas de poème. Mais, la

musique n’est-elle pas un peu  de tout ça ?! De la culture au

plus haut du ciel…

« L’Orphée de Gluck est tout simplement l’idéal de l’amour

Poétique exprimé musicalement ».

Orphée et Eurydice, depuis le coeur d’Orphée à la Danse des

Esprits heureux, en passant par la Danse des Furies…

C’est un idéal. Un idéal poétique amoureux qui s’exprime par

des notes de musique !

Hector Berlioz

 Rosario Duarte da Costa

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13/03/2012

 

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Salzbourg: avec Riccardo Muti, l'"Orphée" de Gluck se retourne sur son passé

Pour le retour du chef-d'oeuvre, Salzbourg aurait pu programmer la version française (avec un ténor et non une voix de mezzo dans le rôle-titre), remaniée pour Paris en 1774.

Pour le retour du chef-d'oeuvre, Salzbourg aurait pu programmer la version française (avec un ténor et non une voix de mezzo dans le rôle-titre), remaniée pour Paris en 1774.

"Orphée et Eurydice" de Gluck a retrouvé samedi soir Salzbourg après une longue absence: le mouvement baroque a jeté entre-temps une nouvelle lumière sur l'oeuvre mais le maestro italien Riccardo Muti ne s'en émeut pas, fidèle à une lecture traditionnelle.

Fondé il y a 90 ans, le Festival de Salzbourg n'a pas tardé à honorer, au côté de son cher Mozart, un autre maître du classicisme, Christoph Willibald Gluck (1714-1787).

Dès 1931 et jusqu'en 1937, Bruno Walter y a dirigé "Orphée et Eurydice", créé à Vienne en 1762. L'ouvrage a ensuite été donné sous la baguette d'Herbert von Karajan (1948) puis de Josef Krips (1949), toujours en allemand.

Il a fallu attendre 1959 pour que Karajan, nouveau maître des lieux, daigne diriger la version viennoise dans sa langue d'origine, l'italien. Depuis, "l'Orphée" de Gluck n'avait plus fait l'objet de production scénique, seulement d'un concert en 1990 sous la direction du maître baroqueux John Eliot Gardiner.

Pour le retour du chef-d'oeuvre, Salzbourg aurait pu programmer la version française (avec un ténor et non une voix de mezzo dans le rôle-titre), remaniée pour Paris en 1774.

Mais le festival a préféré rester en terrain connu, celui de la version viennoise en italien, et a réuni pour sept représentations jusqu'au 24 août le plus fidèle de ses chefs d'orchestre depuis 1971, Riccardo Muti, et un vétéran du théâtre allemand, Dieter Dorn.

Comment mettre en scène "Orphée et Eurydice", riche en choeurs et ballets mais plutôt chiche en actions, contrairement à ce que sa qualité d'"action théâtrale en musique" pourrait laisserRépé penser ? Comment servir cette pierre fondatrice de la "réforme gluckiste" qui, en partant d'un mythe (Orphée ne doit pas regarder son aimée Eurydice s'il veut la sauver des Enfers), ne cherche qu'à dépeindre avec vérité les sentiments humains ?

Dieter Dorn répond aux enjeux d'"Orphée" avec un spectacle plutôt neutre, dans des décors (dépouillés) et costumes (sobres et d'aujourd'hui) de l'Allemand Jürgen Rose. Les moyens scénographiques sont très classiques: une trappe fait disparaître Eurydice, dont Orphée ne pourra retenir que la robe rouge, omniprésente; une tournette ralentit l'avancée des amants...

Les images produites sont inégales. Si l'Enfer baigné d'une lumière jaunâtre est opportunément inquiétant, le Paradis prête à sourire avec ses retraités traversant un aimable cadre balnéaire. Dieter Dorn profite de la longue musique de ballet du troisième acte pour amuser la galerie en réglant des scènes de ménages petits-bourgeois. Manière de dire avec humour et une certaine force, avant que le choeur ne proclame un peu trop bruyamment le triomphe de l'amour, que la réalité peut être un peu plus prosaïque...

Riccardo Muti, qui affiche des goûts plutôt conventionnels en matière de mise en scène, doit être ici en terrain ami. Son geste musical est d'ailleurs au diapason du spectacle: lisible, équilibré, soigné. Mais l'auditeur pourra chercher en vain les couleurs, l'élan, le relief, la clarté que des chefs baroques ont pu apporter à cette musique, comme à d'autres oeuvres du XVIIIe siècle.

Le Philharmonique de Vienne est un orchestre luxueux mais son legato permanent peut paraître daté en ces pages. Et l'on a entendu des choeurs plus homogènes, transparents et fervents, et par conséquent plus poignants, que celui du Staatsoper viennois.

Belles musiciennes, les Autrichiennes Elisabeth Kulman (Orphée au timbre de bronze) et Genia Kühmeier (Eurydice) peinent à donner à leurs interprétations une forte personnalité dans l'immensité du Grosses Festspielhaus.

La salle rêvée par Karajan a cinquante ans, et l'on y joue "Orphée" comme au bon vieux temps, devant un public visiblement satisfait.

 

Publié dans Dialogues

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